Le PDG de TotalEnergies Patrick Pouyanné, à Paris le 18 mars 2025 ( AFP / Thibaud MORITZ )
Le PDG de TotalEnergies, auditionné mercredi à la commission des finances de l'Assemblée nationale, s'est défendu de recourir à l'optimisation fiscale, face aux critiques sur la faiblesse de son impôt payé en France au regard de ses profits mondiaux.
Le PDG a répondu pendant plus de deux heures au feu roulant des questions des députés de la commission des Finances sur sa fiscalité et la question des superprofits, et du rapporteur de la mission flash sur la taxation des carburants, Philippe Brun (PS).
Un exercice désormais rodé pour Patrick Pouyanné: depuis la crise énergétique déclenchée en 2022 par la guerre en Ukraine, le dirigeant aura été entendu en tout à douze reprises par l'Assemblée nationale ou le Sénat.
Le groupe est régulièrement critiqué pour la faiblesse de son impôt sur les sociétés en France, au regard de ses bénéfices mondiaux, et encore aujourd'hui depuis que le conflit au Moyen-Orient a dopé ses revenus pétroliers, ce qui a relancé en France le débat sur l'opportunité de taxer les "superprofits".
Fidèle à son style direct, et dans des échanges parfois tendus avec le président de la commission, Eric Coquerel (LFI), le patron enchaîne les explications avec aplomb, sur une multitude de questions: ses profits, sa fiscalité, et le plafonnement de ses carburants - effort jugé suffisamment important pour le groupe pour échapper à une taxation exceptionnelle.
"Fable"
Malgré un chiffre d'affaires annuel moyen de 200 milliards de dollars (173 milliards d'euros), le PDG admet payer peu ou pas du tout d'impôt sur les sociétés en France, selon les années. Ce qu'il explique par le fait que ses profits sont surtout réalisés dans les pays où il extrait des hydrocarbures, pas en France, où son activité principale, le raffinage et la pétrochimie, "est relativement peu rentable", par manque de compétitivité.
Mais à l'échelle mondiale, TotalEnergies a versé aux Etats pour 100 milliards de dollars en impôts sur les sociétés (IS) et en taxes à la production entre 2022 et 2025, avec un taux moyen de 43% (pour l'IS) - soit un taux supérieur à celui de la France.
Son patron dénonce ainsi une "fable" quant au fait que le groupe aurait recours à des mécanismes comptables et d'optimisation pour loger ses profits dans des pays à la fiscalité mieux disante.
"Si je voulais faire de l'optimisation fiscale, je chercherais plutôt à rapatrier des résultats sur la France à un taux de fiscalité à 25%", au lieu d'autres pays où son imposition peut atteindre 50, 80%, a ironisé le patron.
Il précise en outre que le groupe devrait être imposé cette année sur ses bénéfices en France si ses raffineries continuent de tourner à plein régime en raison du conflit au Moyen-Orient, et donc être redevable de la contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises reconduite en 2026 dans le budget.
"Deux fois le même argent"
La gauche notamment réclame en plus une taxation sur ses superprofits exceptionnels liés à la guerre. "Certains estiment normal, j'en fais partie, que d'une manière ou d'une autre, vous contribuiez à cette compensation" de la flambée des prix des l'énergie, interpelle Eric Coquerel dont le groupe LFI plaide pour un blocage des prix des carburants.
Réponse de Patrick Pouyanné: "ce n'est pas nous qui avons déclaré la guerre".
"Nous avons fait une contribution volontaire, rien ne nous obligeait à plafonner le prix à la pompe, absolument rien", ajoute-t-il.
Devant l'Assemblée, le patron a estimé que cette mesure avait déjà engendré un manque à gagner de près de "200 millions d'euros" depuis le début de la guerre fin février. Ce plafond est "inférieur au prix de revient", a-t-il également assuré, ajoutant que c'est le modèle intégré de TotalEnergies, du champ pétrolier jusqu'à la distribution, et ses bons résultats qui permettent au groupe de "financer" ce plafonnement, inédit pour une entreprise pétrolière.
"Donc, critiquer" cette mesure (...), j'avoue avoir du mal à le comprendre", a-t-il réagi, en réitérant aussi ses menaces de le retirer en cas de surtaxation décidée par le Parlement.
"On ne peut pas vouloir nous prendre deux fois le même argent", a-t-il dit.

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